Des pédiatres dénoncent le nucléaire : pourquoi ?
A première vue, les pédiatres n’ont pas de raisons particulières de s’intéresser au nucléaire !
Ils ne sont pas plus écolos que d’autres ! On comprend qu’ils s’intéressent aux vaccins, aux accidents domestiques, à l’obésité, au développement psychomoteur des enfants. Mais le nucléaire ? Existerait-il une relation entre le nucléaire et les enfants ? A première vue, non !
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Le pédiatre ne suit pas son patient durant toute la vie. Il ne l’accompagne que durant la toute première étape de son existence. Au bout d’un temps, souvent assez court, très court même (5-6 ans), son petit client lui échappe ! L’enfant poursuit sa route sans lui !Alors, ce qui motive le pédiatre, c’est de faire en sorte que, au terme de ce délai très court, l’enfant dispose des meilleurs atouts pour devenir un adulte en bonne santé, un adulte bien dans sa tête. Un adulte heureux.
Or il se fait que, aujourd’hui, de plus en plus souvent, les pédiatres reçoivent des informations comme quoi, dans le monde, non seulement la vie n’est pas un long fleuve tranquille pour les jeunes patients mais, au delà, des enfants arrivent au monde porteurs d’un handicap. Ou, dans certaines circonstances, des enfants qui allaient bien, deviennent malades. Parfois gravement : cancer de la thyroïde, troubles hormonaux, etc.
Des enfants, dans certains lieux, naissent prématurément. Ou malformés. Parfois il s’agit d’anomalies génétiques mais souvent ces enfants ne se sont pas développés normalement dans le ventre de leur mère.
D’autres développent des maladies que l’on ne rencontrait que très rarement auparavant.
Certains développent des pathologies habituellement rencontrées chez des adultes. De la cataracte, par exemple.
Parfois, leurs moyens de défense (immunité) sont diminués, ils sont fragiles, trop souvent malades.
Alors, des pédiatres se posent des questions.
Des parents se posent également des questions. Des mères s’interrogent : « Après ce que nous avons connu, oserai-je encourager ma fille à devenir mère ? ».
En cherchant un peu, des pédiatres constatent l’existence d’une relation entre le nucléaire et certains troubles sanitaires de l’enfant. Et chaque année, de plus en plus.
Des pédiatres constatent : santé des enfants, environnement et nucléaire sont liés.
Parfois il s’agit des effets d’un nuage radioactif venu de très loin. Les cas d’hypothyroïdie chez les nouveaux-nés de Californie ont augmenté après Fukushima.
Parfois des enfants sont les victimes, avec leurs parents, d’un accident nucléaire. Ils survivent… mais ne sont plus « comme avant ».
Devant ces problèmes, que l’on est bien en mal de soigner ou de guérir, des pédiatres se posent la question de « que faire ? ».
Comment faire en sorte que les enfants arrivent à l’âge adulte sans rencontrer ces troubles de santé ? A défaut de soigner, ne pourrait-on pas au moins prévenir ?
La prévention, c’est la meilleure des armes pour assurer une bonne santé, la meilleure des façons pour assurer le meilleur avenir possible aux enfants.
Alors, faute de pouvoir agir sur la santé de ceux qui ont subi ces accidents, ces médecins choisissent de se battre sur ce terrain de la prévention.
Ils s’engagent et se battent pour « les générations futures », les générations des plus sensibles, les enfants à naitre, les femmes qui les portent, les petites filles qui deviendront un jour des femmes et qui voudront, peut-être, devenir mères à leur tour.
C’est ainsi que, de pédiatre, des médecins deviennent des partisans d’un abandon du nucléaire.
Ces pédiatres considèrent que Radioactivité et Enfance ne font pas bon ménage. Pour eux, la radioactivité comporte des risques que les humains ne savent pas suffisamment maitriser pour continuer à en défendre l’usage.
Pour eux, les désavantages du nucléaire ne justifient pas que l’on continue à s’en servir.
On le voit, la prise de position de certains pédiatres contre le nucléaire est le résultat d’une réflexion. Le résultat d’un questionnement, pas le résultat d’un choix écologique de simple citoyen. Une manière de mettre en accord une éthique professionnelle et une réflexion scientifique.
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4 Pédiatres au moins, au niveau mondial, se battent pour dénoncer les risques que le nucléaire fait courir à la santé des enfants.La plus connue est sans doute Helen Caldicott.
La seconde est aussi une femme, pédiatre et cardiologue. Elle se nomme Galina Bandajevsky. Elle est ukrainienne.
Le troisième pédiatre est un américain. Il se nomme Wladimir Wertelecki.
Le dernier est allemand. Il se nomme Alex Rosen.
Un mot à leur sujet.
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Le Dr Helen Caldicott est australienne. Elle est pédiatre. A première vue, rien ne la destinait à se préoccuper du nucléaire. Et pourtant, elle a créé une fondation « Nuclear Free Planet ».
Par le biais de sa pratique médicale, elle a pris conscience des risques que le nucléaire faisait courir aux gens. Aux gens mais surtout aux personnes les plus sensibles : les enfants, les femmes enceintes.
Dans le cadre de sa fondation, elle organise des symposiums rassemblant des scientifiques. Elle leur permet de s’exprimer, de nous faire part de leurs travaux, de leurs recherches.
Son objectif est de permettre aux gens de prendre conscience des dangers du nucléaire. Faire prendre conscience des risques du nucléaire pour les générations futures. Une manière simple de faire coïncider ses préoccupations de pédiatre avec la réalité du nucléaire d’aujourd’hui.
Sur ce site, vous trouverez des vidéos (sous titrées en français) de divers interventions de scientifiques invités à un symposium qui s’est déroulé en 2013 à New York.
Voici, sous titrée en français, la vidéo de son intervention personnelle :
Le Dr Galina Bandajevsky a accompagné son mari, le professeur Bandajevsky, dans ses études sur les conséquences sanitaires de Tchernobyl*.
Pédiatre et cardiologue, elle a mis en évidences plusieurs types de problèmes de santé chez les enfants de Biélorussie qui ont subi des effets de la radioactivité après Tchernobyl.
Elle a montré que ces enfants de Biélorussie présentaient des troubles cardiaques habituellement rencontrés chez des adultes. Présentaient des cataractes comme des personnes âgées.
80% de ces enfants ne sont pas en bonne santé.
Dans la partie nord-ouest de la Biélorussie, là où le nuage radioactif n’est pas passé, ces problèmes de santé ne sont pas présents.
Ses travaux ont été publiés. Il suffit de taper Galina Bandajevsky sur Google.
Par exemple, lire ici.
En 2003, elle a été invitée à Paris par Amnesty International. Une façon de soutenir ce médecin dans son combat pour obtenir la libération de son mari, emprisonné en Biélorussie pendant 5 ans en raison de ses prises de position après Tchernobyl.
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Wladimir Wertelecki est américain. Il est né en Pologne et est devenu professeur d’université en Alabama du Sud. Il est pédiatre et aussi spécialiste en génétique. A ce titre, il étudie les conséquences de la radioactivité sur le développement intra-utérin des enfants.
Il est aujourd’hui surtout connu pour une importante étude menée dans une province du nord de l’Ukraine, une région soumise à une forte radioactivité après Tchernobyl. Il a mis en évidence une fréquence anormalement élevée des cas de Spina bifida et des cas de microcéphalie chez les enfants conçus après Tchernobyl. Voir cette vidéo (en anglais sous titrée en français) :
Son intervention a eu lieu dans le cadre d’un congrès organisé à New York par la fondation Caldicott en 2013.
Les pédiatres savent que les malformations congénitales sont très difficiles à soigner, qu’elles entrainent souvent de graves conséquence sur la santé et qu’elles s’accompagnent d’une très faible qualité de vie pour ceux qui en sont atteints.
Mettre en évidences les conséquences d’une exposition à de la radioactivité est un bon moyen de sensibiliser les populations aux risques sanitaires liés à l’usage du nucléaire.
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Le Docteur Alex Rosen est allemand. Il travaille dans un service de pédiatrie à Berlin. Il est membre de l’IPPNW une organisation internationale regroupant des médecins qui s’investissent pour une prévention de la guerre nucléaire. A son sujet, lire l'article de Véronique Gallais, ici.
Depuis 1980, il a publié une série de documents visant à sensibiliser les gens. Voir ici.
Dans la vidéo suivante (en allemand sous titrée en français), le docteur Alex Rosen stigmatise un rapport de l’UNSCEAR, une agence dépendant de l’ONU mais inféodée à l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique), qui présente une vision banalisée de la catastrophe de Fukushima.
Ces 4 pédiatres ont en commun la passion de leur métier. Ils aiment les enfants. Pour eux, s’opposer au nucléaire est la meilleure façon de défendre les enfants, une autre manière de se battre en faveur de l’avenir de nos enfants, en faveur de notre propre avenir. Tant il est indéniable que le nucléaire, dans ses utilisations énergétiques et/ou guerrières, est incompatible avec un avenir humanitaire de qualité.
04 septembre 2014 | Par Philips Michel
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